Journal d’un médecin de brousse mars 2019

Mon dernier journal datant de juin, je vais vous donner quelques nouvelles des cas les plus importants que j’ai eu à traiter.

Pour être bref, je passe sur les aides multiples au quotidien : alimentation, médicaments, livres scolaires, etc…

Je n’ai pas repris de consultations dans les dispensaires mais les patients viennent chez moi. Ce sont des gens que j’ai soignés pendant des années ou bien des malades sans ressources qui
ont entendu parler de moi et pour qui je suis le dernier recours.
Octobre-novembre, ce sont aussi les mois des rentrées scolaires et des inscriptions dans les écoles et les facultés ce qui représente, comme vous le verrez une dépense importante.

OUSSEYNOU NDIAYE
Ce jeune homme qui fait une licence a décidé de se présenter au concours de l’ENA, école aussi prestigieuse que la notre en France. Je l’ai pris totalement en charge dans le cadre d’une préparation
privée, payé des cours oratoires, informatiques, anglais pour qu’il soit au top.
Il y avait 50 places à pourvoir et il a terminé 55ème ! La concurrence est rude face à des candidats fils de ministres, d’industriels au
portefeuille bien garni ! Il connaissait pourtant bien le dernier sujet qu’il a eu à exposer, à savoir « la pauvreté » !
Ses professeurs qui comme moi croient beaucoup en lui le poussent à se représenter l’an prochain. En attendant, il poursuit sa licence de philo et m’a demandé 150 000 cfa (230 €) pour acheter des semences qu’il va planter pendant les vacances sur un terrain familial situé au sud du Sénégal : mil, maïs, arachides…..
En attendant, je lui donne chaque mois 120 € pour son logement, nourriture et transport à Dakar.
Il a monté un petit commerce de poissons séchés qui lui rapporte 105 €/mois et qu’il envoie à sa mère.

DIOKEL SARR
Vous retrouverez son histoire dans mes précédents courriers. Son master d’analyse physico-chimique des aliments ne lui a pas permis de trouver du travail pour l’instant et il est rentré, après concours, à l’École Normale pour être professeur de Sciences naturelles.
Je l’aidais jusqu’alors à hauteur de 150 €/mois mais il vient de m’avertir que les bourses étaient arrivées et qu’il allait pouvoir maintenant se débrouiller seul.

MOUKTA BALDE
Petit garçon de 3 ans, aveugle du fait d’un glaucome et d’une taie cornéenne. Ses parents viennent du sud du Sénégal. Ils ont tout vendu et dépensé le peu qu’ils possédaient et sont venus à Joal pour me rencontrer.
L’hôpital de Dakar se propose d’opérer l’enfant pour un budget de 500 € environ. J’ai trouvé l’argent. Le dernier œil a été opéré et il commence à voir. Le second doit l’être dans quelques jours. Le devis étant de 430 € mais c’était sans compter les ordonnances à suivre, soit déjà 200 €.

EMILIE SARR
Mari au chômage, je les aide chaque mois pour la nourriture, les scolarités des enfants. Je dois terminer la petite maison que je leur ai construite : enduits extérieurs, sols, couvrir la terrasse et peut-être un panneau solaire. Budget prévu : 500 €.
Le mari a passé son permis poids lourds mais a dû partir voir sa mère très malade….au Mali ! Cela fait un mois de cela et il n’est toujours pas revenu. Pas d’argent pour le billet-retour auquel je ne veux pas participer. En attendant, il ne cherche pas de travail !

SALOMON DIATTA
24 ans, père parti, élevé par sa mère qui fait des ménages. A débuté une formation d’informaticien il y a un an, payée par une française qui ne peut pas continuer. Reste 2 ans à faire. Je le prends en charge pour ses inscriptions : 213 €.
La mère doit me donner 15 €/mois mais compte-tenu de son salaire et des 3 autres enfants scolarisés, ce sera impossible. Elle est pourtant venue s’acquitter de son premier remboursement. Je mets cet argent de côté pour lui rendre en cas de difficultés.

BOUBACAR SANE
Jeune garçon qui a obtenu son BAC cette année. La famille ne peut payer ses études supérieures alors qu’il est admis à Sciences Po-Relations internationales à l’université de Ziguinchor. J’ai pris en charge l’inscription, l’uniforme (150 €) et lui concède 30 €/mois, la famille se cotisant pour le reste.
Il a obtenu une bourse mais pour l’instant n’a rien reçu, ce qui est un gros problème au Sénégal.

NDAGANE DIOUF
A réussi à réunir des fonds pour construire une école dans son village mais n’a plus d’argent pour le toit. Je le finance à hauteur de 460 € pour finaliser son projet.

Je passe comme d’habitude sur les aides scolaires mensuelles, scolaires, alimentaires et médicales.

Je vais avoir à faire face à plusieurs aides médicales importantes (interventions chirurgicales) dont je vous parlerai ultérieurement.

Merci encore à tous ceux qui me permettent de continuer ces actions. Je me suis rendu compte en vivant au Sénégal de la chance que j’avais eue par rapport à ces gens et par conséquent de l’évidente nécessité de rendre un peu de ce que le destin m’avait accordé.

BON ETE à vous tous.

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