Journal d’un médecin de brousse Janvier 2017

Bonjour et BONNE ANNÉE à tous.

D’abord, quelques nouvelles de ma personne. Je suis rentré au Sénégal le 30 octobre avec malheureusement l’obligation de retourner en France le 15 février pour bénéficier d’une prothèse de hanche. Je pense y rester 2 mois mais passerai l’hivernage à M’Bodiène avec l’idée de rentrer en décembre pour passer les fêtes de Noël avec mes enfants et petits-enfants qui me manquent beaucoup.
Je n’ai pas repris d’activités médicales comme avant. Sollicité par le dispensaire privé de M’Bodiène, j’avais rencontré à Dakar le président du Conseil de l’Ordre des Médecins et établi un dossier d’autorisation d’exercer, à titre bénévole bien entendu. Le président n’y semblait pas hostile mais devait présenter ma requête en assemblée générale.

Pas de nouvelles depuis ! Je ne l’ai pas relancé, estimant que je n’avais pas à implorer pour soigner gratuitement des gens nécessiteux. Ceux qui ont vraiment besoin de moi savent venir me trouver. Je continue donc à prendre en charge les patients sans
ressources, les étudiants et élèves, les candidats à un projet qui me semble valable.
Je vais donc comme d’habitude reprendre un par un les personnes que vous connaissez déjà ainsi que les nouveaux.

Ibrahima DEMBA, petit garçon de 7 ans, cloué au lit depuis août par un énorme abcès à la partie supérieure de la cuisse d’où s’écoule un pus abondant et nauséabond. Il ne peut plus marcher et est en état de septicémie grave. Il faut agir vite si je veux le sauver. Un hôpital pour enfant vient de s’ouvrir à Diamniadio près du nouvel aéroport. C’est une vitrine pour le Sénégal qui attirera des gens fortunés d’Afrique. L’obstacle pour les sénégalais que je fréquente, c’est l’argent bien entendu. Compte tenu de
la gravité de son cas, je décide malgré tout de l’hospitaliser. Sa tante et son grand cousin l’accompagnent. La tante (Fatou-légumes dont je vous ai parlé à plusieurs reprises) va rester pendant tout son séjour. Je lui achète un matelas pour dormir par terre et lui accorde 5 000 CFA/semaine (9 €) pour se nourrir. Le cousin ira chaque jour à l’hôpital (transport 6 000 CFA, 10 €) car la dépense se règle au jour le jour (compresses, examens divers, interventions chirurgicales, pansements, etc.) et tout est
détaillé à chaque fois. Si l’argent n’est pas là, les soins sont arrêtés ! (les français n’ont pas à se plaindre!).
Au total, l’enfant va pouvoir sortir le 23 janvier et s’installer chez un parent vivant près de l’hôpital pour être encore suivi pendant 15 jours par l’équipe chirurgicale. Je le récupérerai ensuite et Bousso s’en occupera pendant mon absence.
Coût à ce jour 776 000 CFA (1 200 €). C’est une somme importante mais sans cela l’enfant serait mort.

Paul DIOUF, petit garçon de 4 ans qui est tombé dans un puits et est resté un mois dans le coma. A des troubles mentaux et moteurs importants et des lésions oculaires justifiant une intervention chirurgicale. Il bénéficie de séances de kiné 3 jours/semaine. La mère célibataire a épuisé tout l’argent familial et fait appel à la générosité des « Blancs » de M’Bodiène. Je me suis ainsi rendu compte que nous étions plusieurs à financer les mêmes actes médicaux et surveille donc de très près cette affaire.
Dépenses : intervention (45 000 cfa, 70€), kiné (8 000 cfa, 14 €) tous les 15 jours.
Je n’ai guère espoir dans le bénéfice attendu.

Jo THIAM, a eu son diplôme d’informaticien et cherche du travail à Dakar. A eu plusieurs entretiens au cours desquels on lui reproche de ne pas avoir son permis de conduire. Je lui accorde 150 000 cfa (230 €) que je prendrai à ma charge, somme nécessaire pour cet examen. N’ayant aucune ressource et souhaitant qu’il reste à Dakar, je lui donne 90 000 cfa (140 €)/mois pour sa nourriture et ses déplacements.

Daouda BOUSSO, a eu sa licence dans le Tourisme. Cherche du travail et joue dans une équipe de foot-ball en 2ème division. Je lui donne 40 000 cfa (62 €) pour sa nourriture pendant encore quelques mois.

Chantal TIARE, la clôture de sa maison est faite et elle a fait un petit bistrot dans son jardin. Je vois souvent du monde et des bouteilles vides dans un coin. Elle se débrouille bien. Elle reçoit 50 000 cfa (77 €) pour l’éducation de ses enfants. Le problème est la dépense pour son fils qui va au lycée de Joal (1 000 cfa, 1,5 €/jour). Gérard Touzé va lui acheter un vélo.

Awa BOUSSO, continue ses études d’aide infirmière avec une belle motivation et d’excellentes notes. Entre l’école, les déplacements, la nourriture, elle reçoit 100 00 cfa (153 €)/mois.

Je ne vous reparle pas de tous les autres qui reçoivent chaque mois une petite aide alimentaire et de ceux pour qui j’achète des médicaments.

Je vous informe de l’argent dépensé pour vous tenir au courant de ce que je fais de vos dons, en espérant que vous approuverez mes choix.
A bientôt.

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