Journal d’un médecin de brousse juin 2018

Vous êtes plusieurs à me demander des nouvelles de mes protégés et après un bref séjour en France pour résoudre quelques problèmes de santé, je vais vous résumer les événements marquants depuis février.
Le Sénégal est cité en référence pour son taux de croissance de près de 7 % mais en ce qui concerne la population que je fréquente, elle est de 0 % et je suis frappé, voire démoralisé parfois par la misère de certains. Je me demande souvent quelles joies ils peuvent avoir dans l’existence et malgré ce contexte, ils rient, dansent et ne se plaignent pas.

Nos compatriotes ont des leçons à apprendre de ces africains et je continue à essayer de leur apporter un peu de réconfort et d’espoir d’une vie meilleure.

Comme je vous le disais dans mon dernier courrier, je ne citerai pas tous ceux à qui j’apporte chaque mois des aides alimentaires, médicales ou éducatives mais vous parlerai des plus édifiantes et par conséquent des plus onéreuses.

Awa BOUSSO, folle de joie après son succès à l’examen d’aide-infirmière, elle a vite déchanté de n’avoir aucune proposition de travail, les hôpitaux n’embauchant pas faute d’argent. J’ai réussi à lui trouver un stage non rémunéré à l’hôpital de M’Bour en espérant qu’à l’issue de celui-ci, elle soit prise en priorité si un poste se libère. Elle vit chez un membre de la famille et je lui accorde 30 000 F/mois (45 €) pour ses
déplacements.
Diiokell SARR. Je vous avais parlé de ce jeune homme rencontré en consultation et atteint d’un bégaiement épouvantable. J’avais réussi à trouver un orthophoniste à Dakar qui l’a transformé Il a fait une licence de sciences naturelles et je lui ai payé ses 2 années de Master « d’analyses physico-chimiques et management de la qualité des produits de santé et des aliments », 3000 €.
Il a été reçu avec mention « Très bien » et m’a demandé une formation supplémentaire en anglais que je lui ai accordé, ce qui m’oblige à l’aider pour le logement, les déplacements et la nourriture à Dakar. Avec les cours, je lui donne en moyenne près de 200 €/mois.
J’ai investi beaucoup dans ce garçon mais je suis certain qu’il s’en sortira et aura plus tard de hautes fonctions. En attendant de trouver un emploi dans le privé, il a présenté l’École Normale et vient d’être reçu. En septembre, il intégrera donc cette école, ce qui lui assure d’être professeur de Sciences naturelles en attendant d’être pris un jour dans une société privée.

Yousseynou NDIIAYE, fils aîné de Fatou-légumes, la maman adoptive d’Ibrahima Demba dont jevous ai parlé longuement en février. Grand travailleur, il se débrouillait pour payer ses études de philo en vendant du poisson séché et en construisant des parpaings.
Il a décidé de présenter l’ENA en septembre et doit subir une préparation intensive dans un cours spécialisé avec frais d’inscription et mensualités. Je l’encourage et assume les frais. Il logeait à Dakar dans une famille qui a déménagé et couchait dans les couloirs de l’université mais s’est fait virer. Il a fallu trouver une chambre (caution 120 000 F – 183 €) et loyer 45 €/mois. J’ai du également financer un matelas, un
compteur électrique. Comme pour Diokel, j’investis beaucoup pour lui mais j’y crois !

IIbrrahiima DEMBA.. Tuberculose de la hanche avec une énorme plaie suppurante de la cuisse, adoptée par Fatou-légumes. Il trotte comme un lapin, prend toujours son traitement anti-tuberculeux mais on peut le considérer comme guéri. Il retournera en classe à la rentrée.

Émiilliie SARR. J’ai entrepris, comme je vous l’ai déjà dit, de lui construire une petite maison. Le devis de 1 500 € me paraissait bien faible mais il n’y avait pas de main-d’oeuvre, la solidarité se mettant en place.
Bien entendu, il a fallu rajouter beaucoup de matériel et la jalousie a eu raison de la solidarité ! Classique ici.
J’ai dû supporter le double de ce qui était prévu et maintenant il faut l’équiper car, vivant dans une famille, ils n’avaient rien à eux (ustensiles de cuisine, gaz, chaises, etc…). Il faudra des matelas mais ils attendront et dormirons par terre dans l’immédiat. Elle en a profité pour accoucher de son 5ème enfant car faute d’argent, elle avait abandonné la contraception ! Cette famille est mon cauchemar !
Avant son licenciement, le père était chauffeur de l’hôtel Laguna et transportait dans un car le personnel.et les clients. Il n’a pas retrouvé de travail car en fait, il n’a pas son permis poids-lourd ! Je lui propose de lui payer la formation car je ne pourrai pas les assister de façon continue : scolarité, nourriture, etc…La dépense prévue est de 200 € mais je pense que c’est la seule solution pour lui redonner une activité. Son immobilisme pour chercher du travail m’étonnait mais en fait, il est congolais et ne
régularisait pas ses papiers faute de moyen : aller à Dakar, 10 € – papiers, 23 €.

MOHAMET.. Un jeune homme que j’ai soutenu et soigné pendant des années pour une hyperthyroïdie. Il végète en brousse. J’ai réussi à lui faire passer toutes les visites médicales nécessaires, remplir tous les dossiers et certificats pour être marin de commerce. J’attends avec impatience son embauche en espérant
qu’il aura le pied marin !
Miichell THIIAM. Ce jeune homme de 25 ans environ vit dans l’île de Sakhor dans une famille très pauvre.
Cette île très isolée est à 12 km d’un autre village où ils peuvent s’approvisionner. Une grande partie de l’année, aucune voiture ne peut s’y aventurer tant le terrain est boueux, voire inondé et il est nécessaire d’avoir une charrette à cheval. Il survivait en faisant le taxi mais le cheval est mort. Plus aucune ressource.
Je décide de lui racheter un cheval qui lui permettra de reprendre cette activité et de cultiver à l’approche de l’hivernage. Coût, 400 €.

DEPENSES MEDIICALES
Beaucoup de petites interventions qui ne méritent pas d’être décrites. Une péritonite chez un jeune qui s’est soldée par une dépense de 458 €.

DEPENSES SCOLAIIRES
Nombreuses aides chaque mois, soit pour les frais de scolarité ou de transport.

DEPENSES DIIVERSES
Aides alimentaires ponctuelles ou systématiques pour des gens qui vivent de je ne sais quoi. En moyenne,15 €/mois.

Voilà donc exposés mes choix, souvent difficiles à prendre et qui pour certains peuvent paraître contestables. Je m’aide des conseils de Bernard Gambier et Marie-Chantal Boutet, trésorier et secrétaire de l’AMPAMS. Mais ils habitent en France ! Je les remercie de ce qu’ils font pour moi.

Toujours une grande reconnaissante à la Fondation Le Marchand , des magasins « Nature & Découvertes » et à tous ceux qui, chaque mois, me font un versement sur le compte de l’association et me permettent d’apporter un peu de bien-être et d’espoir.
Je vais rentrer en France pendant ces 3 mois d’hivernage et vous rendrai compte à nouveau des événements à la fin de cette année.

Bien à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *