Journal d’un médecin de brousse juin 2014

Ma 16ème année de vie au Sénégal se termine dans 8 jours. Je rentre en France pour 2 mois ½, heureux de retrouver ma famille, la tranquillité et de ne plus avoir à résoudre les problèmes des uns et des autres. Bousso, mon infirmier, m’appellera souvent sur Skype pour me tenir au courant des cas.
Le mois de juin a été relativement calme sur le plan médical. J’ai vu par contre de plus en plus de gens incapables de faire face à la dépense journalière pour se nourrir.

J’ai dépensé 200 € en riz, lait, huile, etc..

Avant de partir je dois acheter des sacs de riz de 50 kg (20 €) que je vais déposer chez les plus fragiles. C’est le cas de :

imageAnne-Marie DIAME, une vieille femme au bout du rouleau dont la fille est partie à Dakar en lui laissant 2 petits-enfants à charge. Aucune ressource bien entendu. Elle passe régulièrement chez moi pour me dire qu’elle n’a rien à manger. Sans moi, je ne sais pas ce qu’elle deviendrait.

 

Serigne N’DIAYE, incapable de travailler en raison d’une maladie de Basedow pour laquelle je dois faire venir des médicaments de France, ceux-ci étant introuvables au Sénégal. Il est venu dans un état de maigreur impressionnant, n’osant pas avouer qu’il n’avait rien à manger.

Abdoulaye N’DIAYE, un homme de 72 ans en train de mourir d’un cancer du foie. Marié à une jeune femme avec 3 petits enfants ! Les voisins immédiats partagent leur nourriture. Nous avons apporté du riz la nuit pour que personne ne sache qu’ils étaient aidés par le « toubab », pour ne pas éveiller de sentiments de jalousie à leur égard.

Il va mourir pendant mon absence et la femme devra se débrouiller. Impossible de prendre en charge régulièrement la misère africaine.

Omar SEYE. Vous connaissez bien ce petit garçon opéré à 3 reprises pour une fracture ouverte de la jambe. Il faut lui enlever son matériel d’ostéosynthèse et le service d’orthopédie de l’Ordre de Malte me réclame à nouveau 300 €. J’ai dépensé pour lui plus de 1 000 € et ai sollicité une aide du directeur de l’Ordre de Malte. On m’a demandé une enquête sociale faite par l’assistante sociale du dispensaire de Joal. Celle-ci s’est déplacée et a été stupéfaite de constater qu’un tel degré de misère existait au Sénégal ! La mère est veuve, 11 enfants et aucun de scolarisé. Elle est écailleuse, c’est-à-dire qu’elle vide et écaille les poissons au port et arrive à gagner ainsi 1,5 € par jour au maximum.

Ce qui me paraît incroyable, c’est que c’est mon lot quotidien et que ces gens dont c’est le métier ignorent tout de cette misère.
J’ai bon espoir d’obtenir satisfaction.

imageIbrahima N’DOUR, un petit garçon de 1 an ½ atteint d’une maladie rare, le syndrome de Prune Belly. Multiples malformations urinaires. Il faut plusieurs interventions chirurgicales. Elles peuvent se faire à Dakar mais je redoute les frais que cela va occasionner. J’ai sollicité la « chaîne de l’espoir », envoyé un dossier mais pas de réponse pour l’instant.

image« Fauteuil Roulant ». Je ne sais comment s’appelle cette mongolienne paralysée et enfermée toute la journée dans sa case. On m’avait parlé d’elle . Son rêve : pouvoir sortir. Tout le monde était fou de joie lorsqu’on l’a installée.

Voilà les quelques événements qui me paraissaient les plus dignes d’intérêt.

Je rentre chez moi en France, heureux de penser à autre chose mais dans un mois je commencerai à « avoir la nostalgie » comme ils disent ici !

 

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